Université catholique de Louvain

Courrier électronique : un câble, sinon rien

(paru dans la Quinzaine universitaire n° 36, 15 juin 1994)

Commençons par une histoire. Le mot anglais mail, servant à désigner un envoi du courrier électronique, mot sur lequel nous avons déjà forgé le franglais mailer, vient en fait du français malle, coffre ou sac de voyage. En ce sens, c'est un juste retour des choses (ce n'est pas le seul : budget ne revient-il pas, via l'anglais, de l'ancien français bougette, «petite bourse» ?).

Mais voilà : mail a un homonyme concurrent, le mot français mail, lui-même héros d'une histoire linguistique encore plus passionnante : il dérive du latin malleus, «marteau», et a désigné par extensions successives «marteau de carrier», «maillet de bois avec lequel on pousse une boule de buis», puis le jeu lui-même, puis le terrain bordé d'arbres où l'on oue ce jeu, puis toute promenade ou place bordée d'arbres dans un village ou une ville (le terme est courant en France) !

Et surtout, l'anglais mail ne se prête pas aisément aux dérivés et le seul connu, mailer, est d'une prononciation difficile ([mejler] ?). Philippe Degand, qui siège au Comité de terminologie informatique mis sur pied par le Service de la langue française de la Communauté française de Belgique, a récemment proposé la réactivation d'un mot tombé en désuétude, câble. Dont acte, ainsi qu'il ressort d'un article paru en janvier dernier dans Data News. Câble se prête aux dérivés (câbler, câblage, etc.). Et puis, il est au goût du jour. La Quinzaine a décidé de l'adopter. Vous aussi, soyez «câblés».

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21 mars 1995.
Responsable : Jean-Pierre Kuypers